Console Syndrôme n°12 : Le jeu vidéo va-t-il trop vite?

Publié le par Le MAS

CS12

On compte jusqu'à douze avant que vous puissiez suivre un nouvel article du site Console Syndrôme. Nous allons vous soumettre une nouvelle analyse afin que vous puissiez réagir avec passion. Elle concerne un phénomène bien connu depuis des années : l'effet Sonic des jeux vidéos. Qui n'a pas dit à un moment : "Punaise comment voulez-vous que j'achète Alan Wake, FFXIII, Resonance of Fate  et Red Dead Redemption dans la même période. Je n'ai pas l'Argent pour!!". Alors justement est-ce que cela ne va pas trop vite pour nous? Pour quelles raisons? A vous d'y voir plus clair ci-dessous.

  Bonne lecture.

 

La cannibalisation des blockbusters

 

Est-ce la vieillesse, la paresse ou un manque de repères spatio-temporels qui me conduit à être complètement perdu au sein de ce média ? Est-ce la lassitude du média ou bien un manque d’assiduité volontaire ? En tout cas, une chose est sûre, c’est que j’ai du mal à suivre l’actualité du jeu vidéo. Lorsque je me penche dessus, je me retrouve submergé par une déferlante de sorties, de suites et de news. Qualitatif d’un côté, quantitatif de l’autre ; j’ai du mal à voir clair derrière cette machine bien huilée. J’ai l’impression que pour accrocher le public il faut être dans l’immédiat, les titres voient l’échéance de leurs dates de péremption se réduire à une peau de chagrin : on en parle six mois à l’avance en long, en large et en travers pour rapidement les mettre sur le côté de la route une fois le jeu sorti. Difficile de suivre la mode, d’être à la page des sorties et surtout de faire le tri entre le bon grain et l’ivraie.
Beaucoup se retrouvent à se précipiter pour acheter le dernier hit pour finalement se demander pourquoi s’être jeté dessus puisqu’il risque sûrement d’être trouvable à moitié prix dans les quatre mois à venir.

 

 

Les raisons

 

Cette rapidité est entretenue par les pubs, le média en lui-même, les journalistes et surtout la demande des joueurs. Trop de news tue les news, etc.


On favorise le clientélisme en faisant croire au joueur qu’il est l’acquéreur privilégié d’une news, du développement d’un jeu, voire même du dernier collector qui est tellement difficile à trouver qu’on a obligatoirement dû être désigné en tant qu’« élu » lorsque l’on a réussi, après moult efforts à en faire l’acquisition.
La fidélité est récompensée pour pouvoir faire son beau devant les copains et dire qu’on est le premier mais tout cela est bien orchestré : on donne l’illusion au lecteur d’être proche d’un éditeur et d’un jeu. On lui donne toutes les clefs et les outils. Il devient aujourd’hui très facile d’avoir un avis assez distinct sur un jeu sans se prendre la tête. Le plaisir n’étant pas celui du jeu mais celui de savoir qui a joué au plus de jeux pour parfaire sa culture vidéoludique, avoir son avis sur tout pour être un spécialiste, être fidèle et dévot envers son écurie, suivre son site préféré, son éditeur préféré. Mais finalement qui sont les vrais spécialistes du jeu vidéo ? Les joueurs, les journalistes ou finalement les programmeurs, les marketeux, les mecs qui font du jeu vidéo leurs bizness en somme. Eux, ils ont tout compris : la plèbe demande des news et des jeux pour avoir l’illusion d’un contrôle, d’une emprise sur un monde du jeu vidéo qui va trop vite.


Mais finalement le jeu vidéo va-t-il si vite que cela ? N’est-ce pas une illusion pour accrocher les fans de jeux vidéo et permettre d’entretenir la flamme consumériste qui sommeille derrière chaque gamer ?

 


Une fausse rapidité


Même si je n’ai pas la présomption d’éclairer en quoi que ce soit les joueurs avertis et matures dans leurs relations avec ce média (et les autres en prime), il est bon de s’interroger sur l’illusion entretenue sous cette pseudo surabondance. Car même lorsque l’on joue, il ne faut pas perdre son esprit critique.


Le phénomène est simple : arriver à diluer le temps d’attente du joueur. Comment le faire mariner tout en l’encourageant à suivre dans un fanatisme forcené la sortie d’un titre ? C’est ainsi qu’avec la next-gen on a vu apparaître les trailers à près de deux voire trois ans avant la sortie d’un soft sur console. Je ne citerai qu’en exemple ceux de Final Fantasy XIII, Alan Wake ou bien Gran Turismo 5. Tout cela pour avoir des annonces étincelantes qui n’apportent rien à part le nom d’un titre. S’en suit la longue litanie des news en carton à coup de trailers rafistolés, de screenshots au compte goutte qui diluent lentement l’attente d’un jeu : la photo du héros, la copine du héros, son chien, sa sœur, sa voiture, les rétroviseurs de la voiture, la grand-tante du méchant-vilain, le nouveau costume exclusif (à 6 euros bien sur) qui dévoilera la cicatrice cachée sur parties génitales du méchant-vilain (et qui nous révélera beaucoup sur le lourd scénario du jeu).


L’illusion est souvent parfaite et à force de demander une actu bien fournie et nourrie constamment nous perdons nous-mêmes rapidement les enjeux d’un soft. L’un des exemples marquant est pour moi l’époque pas si lointaine des news autour de Super Smash Bros Brawl, ou presque toutes les semaines un nouveau décor et un nouveau perso étaient dévoilés.

 

 

Annonceur précoce


Finalement à vouloir aller plus vite que la musique tout le monde est pris au piège. D’abord les constructeurs de machine qui, une année sur deux se retrouvent à sec de bonnes idées à dévoiler lors des grandes messes comme l’E3 ou le Tokyo Game Show. Preuve en est avec les annonces de ces dernières années, l’an dernier Sony et Microsoft avaient brillé avec pas mal de nouveautés et des licences savoureuses alors que cette année chacun a dû façonner son catalogue avec les miettes d’un catalogue en quête de renouveau. A l’inverse, Nintendo était sur la réserve lors des grands salons de 2009, ne pouvant promettre grand chose par manque de rapidité. Cette année pléthore de licences ont su être dévoilées par la firme de Kyoto afin de rassurer les acquéreurs de leurs machines. La constante demande d’actualité représente un monstre à l’appétit insatiable qui contamine aussi la construction des machines. A défaut de pérenniser une machine par un système solide on crée chaque année une version amaigrie en slim, lite, ou avec quelque giga en plus pour un disque dur. Les périphériques aussi se voient déclinés dans des moutures plus ou moins ergonomiques. Ce constat est certes connu et « accepté » de tous mais il convient d’admettre la responsabilité de chacun dans cette folie de l’offre et de la demande dans le jeu vidéo.

 

Il est à se demander si les journalistes ne tombent pas non plus dans ce traquenard : entre les impératifs de nouveauté et  les embargos. Que penser de cette nouvelle mode des non-tests régis par les embargos des éditeurs. On se retrouve avec deux versions de test de jeu. L’obligation d’aller vite, d’être les premiers, prend alors le pas sur le devoir d’investigation. On sert des tests arrachés de toutes informations réelles sur le jeu pour répondre à l’exigence temporelle. Finalement on teste quoi ? Le jeu ? Une béta ? Un jeu non finalisé ? Un titre dans une langue qu’on ne comprend même pas ? Une opinion sur un salon ?  Des on-dit ? Ou bien des présentations en showroom orchestrées avec soin par les services communication et marketing des éditeurs de soft.

 


 

Mais alors quelle sont les solutions ? Cette rapidité est-elle réellement néfaste ? Beaucoup s’insurgent en silence et ne veulent pas être pris pour des moutons et en viennent à détester ce qui faisait leurs passions. Demander des articles de fond plutôt que des news portant plus sur des communiqués de presse bien sentis par les boîtes de com’ qu’autre chose.
Les sites amateurs mais aussi professionnels doivent pondérer leur dépendance à ces boîtes de com’ : des scandales comme les multiples affaires Heavy Rain ou ces nombreux tests à la va-vite pour être le premier ne devraient pas avoir lieu. A défaut d’un travail d’investigation l’info doit être plus réfléchie et digérée.
Économiquement, il faudrait endiguer la pompe à thune basée sur une dépendance très forte du joueur dont les fautifs sont les joueurs et les médias eux-mêmes. Pour en sortir il faut plus de réflexion, qu’est-ce qu’un bon joueur ? Comment traiter au mieux ce média et ne pas tomber dans une spirale consumériste aliénante ? Revenir sur des anciens titres, exhumer ceux qui ont subi les affres d’un planning de sortie ingrat, écrasés par des super licences sur-médiatisées. Sans vouloir tirer la couverture vers les petits sites, il faut souligner leurs efforts pour casser ce rythme qui me paraît un peu trop rapide. Le rétro gaming, la parution en papier, les sites amateurs sont autant de moteurs pour mieux comprendre la folle chevauchée du jeu vidéo.

Publié dans reportage

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Florent 03/08/2010 19:10


Je suis tout à fait d'accord avec Fourchette sur le point des DLC. Le fait de devoir payer pour prolonger la durée de vie d'un titre alors que ce supplément pourrait se trouver direct sur le jeu
d'origine m'énerve à plus haut point. Surtout pour certains qui me font envie malgrès le fait de savoir que je me fais avoir XD. Au pire je n'ai pas le xbox live accessible donc tant mieux pour mon
porte-monnaie

Sinan ce qui me chagrine c'est le fait de réaliser les gros titres qui vont sortir presque simultanément dont certains qui sont essentiels pour moi. Par exemple le halo Reach, fable 3, un certain
ghotic 4 et fear 3. En plus il y en a d'autres qui me feraient envie sur lesquels je vais devoir passer a côté et y revenir dans quelques en mois pour les prendre d'occasion. Enfin avec tout ça je
peux laisser tomber l'envie de m'offrir quelques petits jeux plus anciens ou certains que j'appelle "culturels", faisant partie du patrimoine du jeux vidéo ^^

Sur ce à +


Fourchette 29/07/2010 12:07


Mon humble avis en vrac :

Trop rapide ? Trop cher ? Et alors ?

N'y voyer la aucune incitation mais : la Xbox360, la Wii, la DS, la PSP et les jeux PC se font tous pirater par tous les orifices. Ajouter à cela la multitude d'émulateurs disponibles sur internet,
les MMO Free2play et vous avez de quoi jouer des années entières sans rien acheter de plus que la console/PC. Même les jeux en ligne comme WoW ou Call of Duty on des serveurs "alternatifs" (je vous
apprend rien).

A titre personnel, je n'achète jamais de version collector pour la simple et bonne raison que je n'en voit strictement aucun intérêts à part perdre quelques dizaines d'euros en plus (ok on a une
figurine Playskool que l'on met fièrement sur le bureau une semaine et ensuite au fond d'une armoire . . .). Je n'achète également jamais de DLC car j'ai vraiment l'impression, si je le fait,
d'être pris pour un gros pigeon. Avoir le dernier skin à la mode sur un jeux ne me fera en aucun cas l'appécier plus, et payer pour des niveaux qui aurait pu être disponible dès la sortie du jeux
me casse les ****** au plus haut point.

Pour ce qui est du "c'était mieux avant" je partage aussi le même avis (j'ai 25 ans) mais je suis persuadé que dans 10 ans des mioches de 13 ans qui on fait Final Fantasy XIII cette année diront
exactement la même chose en jouant à Final Fanatsy XX.

Sur la qualité du journalisme "profesionel" du jeux-vidéo, sa fait bien longtemps que je considère la majorité de ces sites/revues comme de la publicité et rien de plus. Quand je veux avoir un avis
sur un jeux que je ne connais pas du tout, je vais de préférence regarder ou lire des test fais par d'autres joueurs comme le MAS ou autre. De plus je connais assez mes goûts pour savoir que je
détesterais Street Figther 4 même si c'est pour énormement de monde un incontournable, et que je prendrais du plaisir sur Silent Hill 6 ou Bionic commando.

Bref je joue à ce que je veux, quand je veux, comme je veux :)


ashron 25/07/2010 17:03


Un article qui fait corps avec mes interrogation du moment, même si sa fait quelque année que sa dure.
Je fait peut être mon vieux con, mais à l'époque glorieuse de la super nintendo, lorsque j'ouvrai mon player one, je voyait 10 jeux qui me faisait baver, et 1 voir 2 trash game. Tous les mois le
jeu vidéo faisait un bon en avant grâce à créativité et au talent technique des développeurs.
A une époque pas si lointaine c'était les créateur qui faisait la pluie et le beau temps dans le monde du jeu vidéo (professionnel ou amateur), et les grandes enseigne établissait leur notoriété à
coup de hit plutôt que d'action en bourse.
Pour moi l'exemple le plus éloquent de cette décadence ( xD ), se sont les DLC, ya encore 2 ans de sa, ont nous aurait dit que les éditeurs nous ferait payer les patchs de leurs jeux, ont aurait
crier au scandale.
Bon je vais m'arrêter la, j'ai pas envie d'avoir des cheveux blanc avant l'age. Il faut que je me mette dans le crane que counter stike n'est plus gratuit, que pour débloquer les costumes de mes
combattant favoris je vais devoir passer à la caisse et non plus par la fin du jeu, et que je vais devoir me mettre aux GTA like et aux FPS de la seconde guerre mondial pour jouer à plus de 3 jeux
par an.

Tchao et belle article !


Arthur 25/07/2010 13:14


La raison de cette rapidité qui pousse les gens à acheter acheter et consommer de plus en plus est hélas le fondement même de notre triste société capitaliste, quantité devient synonyme de qualité.


Jaydes 25/07/2010 00:56


Bravo pour cet article, il est très bien construit et emprunt d'une dure réalité, je plein celui qui l'a écrit et ceux qui sont d'accord avec ces derniers, car ils se rendent compte de ce qui ce
passe autour d'eux.

Pour moi le jeux vidéo ne va pas trop vite, c'est un média qui attire du monde et qui amène beaucoup d'argent, donc au lieux d'avoir 1 jeux tous les deux ans pour chaque genre on en a deux. Ajoutez
une touche de marketing et c'est bon on en refourgue dix fois plus et de bien moindre qualité.

Encore bravo pour l'article, ce fût très plaisant à lire.