CS n°14 : Le jeu vidéo trop facile?

Publié le par Le MAS

 

CS13

 

Un petit décalage pour le quatorzième rendez-vous avec l'équipe  de Console Syndrôme, mais votre rendez-vous retrouvera son horaire habituel. Nous vous proposons une réflexion des plus intéressantes sur un sujet qui ne surprendra pas les plus gamers d'entre vous :  la facilité des jeux vidéos de nos jours. Difficile de ne pas se souvenir de titres qui ont suscités notre énervement et notre perseverance, et de les comparer avec ceux que l'on nous sert avec frénésie chaque année. D'où vient donc cette sensation de facilité? Est-elle réelle? A vous de le lire ! 

  Bonne lecture.

 

La cannibalisation des blockbusters

 

Après un première analyse très intéressante sur Metal Gear Solid, Shaman revient avec une nouvelle contribution de lecteur. Cette fois-ci, il s’interroge sur la difficulté de nos jeux. L’occasion idéale de compléter l’article de Memento, paru la semaine dernière, plus axé sur les codes induisant cette difficulté. Merci à Shaman !

 

C’est l’éternelle rengaine du vieux gamer ayant traversé les âges et les consoles : « Les jeux sont de plus en plus faciles ». Une affirmation pleine de nostalgie vidéoludique souvent suivie, tel un Francis Cabrel du jeu vidéo, par un larmoyant « C’était mieux avant ». Mais objectivement, les jeux d’antan étaient-ils vraiment plus durs que ceux d’aujourd’hui ? Ces deux époques sont-elles même comparables ? Et si oui, un jeu doit-il nécessairement être difficile ? Aimerions-nous la difficulté ? Si un caméléon se regarde dans la glace, quelle couleur prend-il ? Que de questions diablement pertinentes me direz-vous – et je vous en remercie – qui trouveront quelques ébauches de réponses ci-dessous.

Pour bien comprendre de quoi nous parlons, il faut remonter aux premiers pas du média vidéoludique, d’un temps que les joueurs de moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre, comme dirait l’autre. Avant que le jeu vidéo n’envahisse nos foyers, il sévissait dans les salles de jeu sous la forme de bornes d’arcades. Le peu de titres qu’on y trouvait devaient être capables d’accaparer les joueurs (et leur argent) durant de longues heures. Les limitations techniques de l’époque ne permettant pas de proposer des titres à la durée de vie faramineuse, les développeurs compensaient par une difficulté souvent titanesque, via une « culture de l’échec ». Il fallait passer une multitude de fois par la fatidique case « insert coins » pour espérer inscrire fièrement trois petites lettres au High-Score de la borne, censées glorifier toute la force et la patience du valeureux joueur d’antan.

 

Puis les premières machines de salon, répondant aux doux noms d’Atari, Amiga ou NES, ont fait leur apparition, proposant généralement de simples portages des bornes d’arcades. Ces titres héritèrent donc de la difficulté légendaire de leurs ainés, ainsi que de cette « culture de l’échec » : c’est en échouant des dizaines, des centaines de fois sur un passage que l’on pourra espérer trouver le timing parfait au pixel près. Le jeu vidéo rime alors avec challenge, le vrai, le véritable combat contre la machine, où le sadisme des développeurs n’a d’égal que la persévérance du joueur, à la limite du masochisme. Car après avoir défenestré Ronron, le chaton de sa petite sœur (car oui, on l’a bien vu se foutre de notre gueule ce saligaud de chat quand on a crevé pour la énième fois face à cette pourriture de boss qui fait rien qu’à nous tirer dessus), le joueur s’y remettait encore et encore, sachant que plus le challenge est élevé, plus la victoire est jouissive. Et étonnamment, même les titres destinés aux plus jeunes proposaient cette difficulté excessive, que l’on aurait du mal à imaginer aujourd’hui. Pour rire, décollez votre petit frère de son jeu Harry Potter pour le mettre devant l’infernal Tortue Ninja sur NES ou même devant un Tintin au Tibet diabolique. Juste pour rire. Ah ah ! (NdCouCou : deux jeux qui m’ont marqué. Je confirme sec !).

 

Après avoir montré ainsi le caractère hautement capilotracteur des jeux passés, les titres actuels paraissent effectivement bien faciles. Toutefois, une nuance est à apporter. Les jeux vidéo modernes bénéficient d’une option absente chez quasiment tous leurs ainés : le choix de la difficulté. Et il faut bien avouer que bon nombre de titres proposent dans leur difficulté la plus élevée un challenge largement comparable aux bornes d’arcade. Ainsi, les jeux ne seraient pas devenus moins durs avec le temps, on nous laisserait simplement le choix de baisser cette difficulté. Choix que bon nombre de joueurs ne feront pas (le joueur serait un être faible et corruptible, il parait). Mais s’arrêter sur cette simple explication serait là aussi un peu trop simple. Il faut en effet prendre également en compte l’évolution du média vidéoludique. L’ouverture vers un public plus large, les évolutions techniques, une certaine maturité du média, tout cela a transformé l’essence même du jeu vidéo.

 

Aujourd’hui, la plupart des titres ont comme ambition de nous faire vivre une aventure, se rapprochant d’un film interactif, plutôt que de nous imposer un simple défi. Ici, plus question donc de piéger le joueur, il faut au contraire tout faire pour qu’il puisse continuer l’expérience. On lui mâche alors le travail, en lui indiquant (hop, un petit zoom de la caméra) le passage à emprunter, en lui montrant (hop, une petite surbrillance) les munitions à récupérer, etc. Le jeu vidéo change donc de statut pour devenir un spectacle, un « film en mieux ». Pour s’en convaincre, il suffit de regarder l’évolution des personnages de jeux vidéo. De plus en plus charismatiques, ils permettent au joueur de devenir l’espace de quelques heures ce qu’il ne pourra jamais être : soldat/cowboy/gangster/rock-star/Léa-passion-vétérinaire, quand auparavant le personnage n’était qu’un simple prétexte à offrir un défi au joueur. Avouez que peu de gens rêvaient secrètement d’être un plombier moustachu ou un hérisson bleu. A partir du moment où le héros devient une représentation fantasmée du joueur, ce personnage doit être surpuissant, presque intouchable : le joueur ne veut pas que son avatar soit un loser crevant lamentablement 50 fois de suite en tombant d’une plateforme située deux mètres plus haut. Les game over se font donc plus rares, quand ils ne disparaissent pas complètement.

 

Mais alors me direz-vous (ou pas, à vous de voir), les jeux actuels seraient donc dépourvus de challenge ? En réalité, le média a gardé en mémoire ses débuts où jouer signifiait se mesurer à sa machine. Si les titres actuels sont plus simples au premier abord, ils offrent dans la grande majorité des cas une « deuxième lecture » destinée aux vieux gamers nostalgiques des défis, sous la forme de collectionnite aigue. Notamment via les trophées/succès, il s’agit de quêtes annexes à la trame principale, consistant généralement à ramasser 152 champignons verts, faire 36 frags dans l’oreille gauche d’un lieutenant, ou encore se faire écraser 48 fois par une berline en marche arrière. Bref, des défis passionnants qui ne demanderont au joueur aucun talent particulier, sinon d’avoir un paquet d’heures devant lui. Enfin, le multijoueur en ligne proposé par bon nombre de titres permet au joueur avide d’un challenge ultime de se mesurer au monde entier. Pour gravir un à un les échelons du concours de « celui-qu’a-la-plus-grosse », comme son ainé inscrivait son nom au High-Score de sa borne d’arcade favorite, le challenge est aussi particulièrement corsé.

 

En définitif, il est indéniable que les titres sortis il y a seulement quelques années proposaient un challenge incomparable aux jeux actuels. Incomparable, non pas en termes de difficulté, mais simplement, car les défis ont changé de nature. Mais surtout, le jeu vidéo vit actuellement un changement d’identité, passant d’un simple défi posé au joueur (« Pourra-tu battre la machine ? ») à un statut hybride, entre challenge et aventure interactive. Ce challenge encore proposé sur les titres actuels semble pourtant sonner de plus en plus factice, illusoire, presque déplacé. Peut-être un signe de la disparition progressive dans les années à venir de ce défi si cher à bon nombre de gamers.

Publié dans reportage

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monsieur_trash 25/08/2010 17:47


Vive la nouveauté! le retro-gaming s'apparente souvent, pour moi, à un état nostalgique, on croit que c'était mieux avant mais quand on rejoue à certains jeux vieux de 25-30 ans, le plaisir de la
re-découverte fait place rapidement à la frustration, parce qu'à l'époque rien n'était optimisé pour le plaisir, la difficulté tenait souvent au fait que c'était de gros pixels à l'écran... Avec un
Space Invader, on s'amuse 5 minutes de temps en temps, parce que ça devient très vite rébarbatif... Et un GTA on y passe des heures avec de grands yeux qui brillent, c'est le plaisir de jouer et
non le "challenge" à tout prix.


leon9000 19/08/2010 12:45


La difficulté dans les jeux vidéos est un débat intéressant mais ma foi qui est trop exagéré pour un grand nombre de joueurs. J'ai le sentiment que trop de gamers, souvent les plus âgés, se
focalisent trop sur la difficulté perdue dans les jeux. Le challenge est intéressant mais n'a jamais été ma préoccupation première dans un jeu, l'ambiance, l'univers, la mise en scène,
l'interractivité et l'immersion le sont eux.
Je me moque par exemple pas mal que Bioshock dispose de sa visée assistée tant ses qualités esthétiques et narratives sont extraordinaires. J'ai souvent eu l'impression que l'absence du game over
dans le reboot de Prince Of Persia a empêché de nombreux joueurs d'apprécier ses qualités esthétiques et son dépaysement enchanteur alors qu'il était objectivement de bien meilleure qualité que les
deux derniers volets de la trilogie des sables du temps (l'âme du guerrier et les deux royaumes), jeux plus difficiles, plus gamers mais beaucoup moins ambitieux en terme d'esthétique et de
gameplay.

Bref la difficulté des jeux vidéos actuels n'est pas un problème, au pire les plus exigeants peuvent directement passer en mode difficile ou hardcore pour trouver un compromis, tant que le marché
next gen n'atteint pas l'aspect casual de la Wii, un aspect qui n'est d'ailleurs pas condamnable en soit s'il attire de nouvelles personnes vers le jeu vidéo, je ne ressens aucun problème. Bel
article sur le sujet.


snifiboy 10/08/2010 22:32


Je me souvient d'un reportage sur games one ou des développeur de jeu commençais a descendre le niveau, car il avait lu dans un journal specialisé que 70 % (a l'epoque) des joueur ne finissais même
pas leur jeux...

Mediton...


kent1 10/08/2010 01:25


Très bon article que j'attendais finalement avec impatiente ! :)
Je pense que, si le vidéo a changé, le challenge en lui même est rééllement devenu plus simple. Mais bon, le monde évolue, même celui du jeu vidéo ! et ce sera surement aux gamers d'évoluer eux
aussi ! On avance vers une génération de pro-online passant leurs journées a trouver les champignons du lieutenant en berline.
Bisous le MAS et aussi console-syndrome !